Conférence apport et histoire de l’immigration 16 juin 2007

Thème de la conférence du samedi 16 juin 2007:

« L’apport et le rôle positif de l’immigration en France: Histoire, Enjeux et Perspectives »

Intervenants:

1- M. Thierno DIALLO – président de l’AFCII

– Sujet de l’intervention: L’histoire de l’immigration en France

– Profil de l’intervenant: Lauréat de l’IAE – Consultant Financier dans plusieurs compagnies financières – Militant associatif depuis 10 ans.

 

2- M. Mohammed MOUSSAOUI – Président du CONGRESS (Congres Mondiale des Citoyens d’Origine Marocaine)

– Sujet de l’intervention: Citoyenneté et double nationalité – Cas des bi-nationaux marocains.

– Profil de l’intervenant: Ingénieur -Chef de projet Logiciel- Militant associatif depuis 15 ans.

 

Plan

 

– 16h30-16h45 : Introduction

– 16h45-17h30 : Intervention de Monsieur Mohammed Moussaoui

– 17h30-18h00 : Débat

– 18h00-18h30 : intervention de Monsieur Thierno Diallo

– 18h30-19h00 : Débat autour d’une collation


Introduction

La France a été, depuis le milieu du XIXe siècle, le plus grand pays d’immigration européen. Mais le phénomène est mal accepté à la fois par les décideurs et par l’opinion publique, qui hésitent entre ouverture et fermeture des frontières. A-t-on affaire à une absence de politique doublée d’une tentative de dépolitisation de la question, avec navigation à vue au gré de la conjoncture économique ? A une souplesse tactique dans l’organisation du marché du travail ? A un « archaïsme fatal », accusant le retard entre un appareil institutionnel rigide et la réalité évolutive des nouvelles mobilités.

Actuellement, la France est le deuxième pays européen d’immigration. Avec 3.2 millions d’étrangers et 4 millions d’immigrés (nés à l’étranger, ayant ou non la nationalité française), soit 7% de la population totale, la France est le deuxième pays d’immigration en Europe de l’ouest, après l’Allemagne. C’est le premier pays pour le nombre de ressortissants de culture musulmane (environ 4 millions). Les recensements distinguent aujourd’hui les étrangers (les non-nationaux) des immigrés (ceux qui, nés à l’étranger, ont effectué un parcours migratoire, qu’ils soient étrangers ou de nationalité française) et ne comptabilisent ni l’appartenance religieuse, ni l’origine.

La population étrangère et issue de l’immigration est dominée en France par les Maghrébins : on comptait 477 000 Algériens, 504 000 Marocains et 154 000 Tunisiens au recensement de 1999. S’ajoutent les générations issues de l’immigration et un demi-million de harkis (engagés auprès des Français lors de la guerre d’Algérie). Et d’enfants de harkis. Mais la nationalité la plus nombreuse est celle des Portugais (553 000 individus, 17% des étrangers).

Les flux d’immigration familiale demeurent les plus importants (la moitié des entrée annuelles). Mais il faut aussi inclure les demandeurs d’asile pour lesquels la France est devenue l’un des premiers pays d’accueil européen avec le Royaume-Uni et l’Allemagne (47 000 demandes en 2002 ; 55 000 en 2003), les étudiants (qui, depuis janvier 2000, sont autorisés à s’établir en France s’ils trouvent du travail après leur études) et les migrants en situation irrégulière. Le profil de ces migrants s’est beaucoup transformé au cours des vingt dernières années : au travailleurs étrangers a succédé le nouveau citoyen, de nationalité française, mais souvent binational d’origine urbaine.

Cette population s’est fortement féminisée ; elle vieillit aussi, comme le montre la présence d’immigrés âgés dans les foyers de travailleurs ; enfin elle est fortement mondialisé avec de nouveaux venus originaires d’Inde, du Pakistan, du Sri-Lanka, qualifiés ou non. Si l’emploi des étrangers (1.6 million d’actifs) est encore largement ouvrier (à 46.9%) et plus vulnérable au chômage (18% de chômeurs parmi les étrangers), il se tertiarise rapidement.

Il est important de nous repositionner sur le plan historique de l’immigration en France afin de mieux appréhender les choses.

 

Histoire de l’immigration en France

Le domaine de l’histoire de l’immigration est un champ récent car l’Histoire a jusqu’à présent privilégié l’histoire de la formation territoriale. C’est autour de la constitution du territoire national que les historiens ont cherché à travers le cadre de la constitution de la France ; mais en adoptant ce point de vue, ils oubliaient les grands acteurs, les populations qui ont constitué ce creuset français pour reprendre le terme de Daniel Noiriel.

Gérard Noiriel, né en 1950 à Nancy, est un historien français, l’un des précurseurs de l’histoire de l’immigration en France. Issu d’un milieu très modeste, il est aujourd’hui directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS).

La France a voulu rendre invisible la présence étrangère en pratiquant une politique d’intégration et d’assimilation. De leur côté, les étrangers ont, pendant longtemps, voulu rester peu visible, très probablement de crainte de mouvements xénophobes, toujours prêts à se déclencher lorsqu’il y a crise politique. Dans ces cas, comment repérer les immigrants de 3ème ou 4ème génération ? Il n’y a pas de communauté, de quartier ethnique en France comme aux Etats-Unis. Cela se traduit, pour l’historien et pour l’ethnologue par une documentation peu nombreuse.

La tradition historique française est positiviste, c’est-à-dire qu’elle s’appuie sur les documents qu’ils soient archéologiques ou scripturaux. Elle s’est pendant longtemps méfié de la mémoire et des archives dites orales. Mais depuis le milieu des années soixante-dix, l’histoire de l’immigration présente un enjeu.

La question de la formation de la population française, de son histoire devient un enjeu politique. Cette histoire de la population, de sa constitution, des classes immigrées constitue aussi une partie de l’histoire de la classe ouvrière et des relations inter-ethniques.

Gérard Noiriel résume dans son article paru dans les Actes de la recherche en sciences sociales les faits fondamentaux de l’histoire de l’immigration. Il part du constat que dans les discours, l’argumentation est basée sir l’histoire mais que les thèses des historiens de l’immigration ne sont pas utilisées. Ce recours à l’histoire est utilisé dans un sens précis, pour démontrer que l’immigration actuelle est d’une autre nature. Ce type de discours a été particulièrement employé dans les années quatre-vingt.

En 1984, date où Noiriel publie son article, deux ouvrages paraissent en librairie : L’immigration, une chance pour la France de Bernard Stasi, fils d’immigré italien, Bernard Stasi né le 4 juillet 1930 à Reims est un homme politique français et L’immigration : le choc d’Alain Griotteray. Alain Griotteray, né le 15 octobre 1922 à Paris est un homme politique français, ancien député-maire de Charenton-le-Pont, chef d’entreprise et journaliste.

La problématique développée dans les deux ouvrages est semblable ; seules les conclusions diffèrent.

La France découvre, en 1984, le problème de l’immigration. Le Monde crée une rubrique spéciale dans son journal et la confie à Robert Solé. Robert Solé est journaliste, romancier et essayiste, Robert Solé est né au Caire en 1946. Il s’installe en France à l’âge de 17 ans. Diplômé de l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, il a effectué toute sa carrière au quotidien Le Monde : correspondant à Rome et à Washington, chef du service Société, rédacteur en chef, directeur adjoint de la rédaction, et depuis septembre 1998, il occupe la fonction de médiateur du journal.

Il défend l’idée que la France est confrontée à un phénomène nouveau et que jusqu’à la Seconde guerre mondiale, la France avait su assimiler les immigrés. On assisterait depuis à un phénomène de rejet. Solé développe d’autre part l’idée que les immigrés sont, depuis, concentrés en quelques pôles urbains alors qu’ils étaient autrefois disséminés. Bernard Stasi adopte le même argumentaire, mais il explique que les immigrés étaient auparavant d’origine européenne et que l’immigration est devenue africaine et musulmane. Il prétend que la France peut assimiler les musulmans à condition que la France se pluralise.

Giotteray adopte la même problématique, mais il pense que le problème culturel et religieux est insurmontable.

Les sociologues qui ont enquêté dans le milieu immigré pensent qu’il y avait une immigration provisoire et que celle ci est devenu une immigration de peuplement, ce qui se traduit par l’apparition d’une seconde, puis troisième génération. Or ce sont ces générations qui se présentent comme les parties les plus problématiques de la population migrante. Il y aurait donc un phénomène nouveau.

La question qui se pose est donc de savoir si la problématique est nouvelle, si la question est réelle.

Il semblerait que ce type de raisonnement existait déjà avant la Seconde guerre mondiale. Les clivages politiques étaient alors les mêmes que ceux de nos jours. La question de l’immigration possède un caractère récurent et les derniers immigrés sont toujours les plus menaçants. En fait, l’immigration est utilisée comme une arme politique par les deux bords. Sur un plan xénophobe pour certains, pour accéder au pouvoir par d’autres parce que les immigrés faisant partie des classes sociales les plus défavorisées, joueront un rôle politique à travers la question syndicale. La véritable question, à savoir si la France peut assimiler les étrangers, n’est pas posée.

L’étranger a toujours été mal vu. La première immigration massive est celle des Belges dans la seconde partie du XIXème siècle. Or les Belges qui venaient travailler dans les filatures du Nord étaient essentiellement des Wallons, donc des gens de même culture. Les positions à leur égard ont changé avec l’arrivée massive des immigrés italiens (début du XXème siècle). Les Belges sont alors devenus de bons immigrés. Quant aux Italiens, ils ont été intégrés après avoir été présentés comme inassimilables. A chaque vague, il y a reproduction du schéma précédent.

Ce problème de l’invasion se retrouve aussi dans la littérature ; deux romans de Danrit ont le mot invasion dans leur titre : l’invasion jaune et l’invasion noire. Ce thème est récurent dans la pensée de nombreux auteurs, notamment avec les différentes tensions internationales qui ont précédé la Première guerre mondiale.

Dans l’entre-deux-guerres, les migrations de travail ne se sont pas faites sans heurts, sans douleur. L’opinion publique était d’autant plus réservée que la France traversait une crise économique. Elle pouvait même devenir franchement hostile à l’immigration et se transformer en xénophobie.

Critique du « catalogue des idées reçues » concernant l’immigration

L’immigration est un problème nouveau en France.

Si l’on effectue une comparaison entre les recensements de 1931 et ceux fournis par le ministère de l’intérieur en 1984, les chiffres montrent qu’il y a eu en permanence un flux migratoire. La proportion est la même : entre 7 à 8% d’immigrés. Dans les années 20/30, la France est le pays à plus fort taux d’immigration.

Critique personnelle de Noiriel : Il faut comparer ce qui est comparable. Les données proviennent d’une part d’un recensement de population (1982), d’autre part des déclarations de la préfecture de police (1931). Comment ces données ont-elles été recueillies ? Quelle est la systématisation du recueil de ces données. D’autre part, entre ces deux dates, il y a un changement d’échelle non négligeable : en 1931 la France disposait d’un immense empire colonial – l’exposition coloniale de 1932 en témoignera – et en 1981, elle a perdu cet empire colonial. Où sont comptabilisé, de part et d’autre les ressortissants des anciennes colonies ?

La population avant la guerre était disséminée sur l’ensemble du sol national.

La population était de ce fait plus facilement assimilable. Rien ne prouve qu’une population disséminée soit plus facilement assimilable. Aujourd’hui la population serait concentrée dans des zones spécifiques. Avant la seconde guerre mondiale, les stratégies de recrutement de travailleurs immigrés pour les mines du Nord-est faisaient appel à des régions entières de Pologne. Ces immigrés étaient ensuite regroupés dans des zones à forte concentration d’immigrés : 20%des Polonais résidaient dans des communes où ils représentaient plus de 50% de la population. Il y a donc bien concentration urbaine.

Critique de Noiriel : Si rien ne prouve que la dissémination facilite l’assimilation, la concentration crée des solidarités « ethniques » qui constituent des bastions de résistance. Dans les zones à forte concentration d’immigrés, les autorités sont confrontées à la mise en place de pouvoirs parallèles, entièrement aux mains de ces groupes solidaires. Cette constitution d’un Etat dans l’Etat ne favorise ni intégration, ni assimilation, car sa raison d’être est de substituer à un modèle qui existe, un nouveau modèle.

L’immigration avant guerre était célibataire.

Une immigration célibataire serait plus facilement gérable. Par le jeu du mariage l’intégration se ferait plus facilement. Avec cette affirmation le problème de la seconde génération est évacué. Si l’on veut faire appel à une population stable, il faut favoriser l’immigration familiale.

Critique de Noiriel : une immigration de célibataire pose différents problèmes, notamment ceux de la vie quotidienne des hommes seuls. Pour éviter certains problèmes de mœurs, les autorités privilégient l’installation familiale car elle préside à une plus grande stabilité. La question familiale ne se pose pas avec les familles monogames car on se trouve devant l’équation un homme + une femme = une famille. La question est différente avec la polygamie ou l’équation devient un homme + 4 femmes = une famille. On transpose alors des modes de vie totalement différents t les femmes répudiées peuvent fonder de nouveaux foyers en se remariant. Le problème n’est pas celui de la famille, mais la manière dont on peut contourner les lois concernant l’immigration.

Avant la guerre les immigrés s’intégraient dans la nation.

Les mémoires publiées par certains immigrés montrent les vexations subies.

L’intégration semblait facile parce que les immigrés étaient européens.

L’idée d’Europe, à quelque exception, n’existait pas dans l’entre-deux-guerres. Mentionner une quelconque idée européenne constitue un anachronisme.

Les immigrés étaient catholiques.

La France est un pays laïc où il y a une séparation de l’Eglise et de l’Etat. Concordat de Napoléon (1805) et loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat. La France est alors un pays laïc où la classe ouvrière est fortement déchristianisée. D’autre part, le catholicisme est très diversifié. Il serait intéressant de connaître les opinions du catholicisme social (Marc Sagnier sur cette question de l’immigration).

Dans le Sud-est l’immigration arménienne est très importante, notamment dans les années 20 après qu’ils aient été chassés de Turquie. Or les Arméniens sont orthodoxes et font partie de l’Eglise autocéphale d’Arménie. A la même période arrivent de nombreux juifs d’Europe centrale qui sont soucieux de maintenir la tradition juive.

Le catholicisme polonais a parfois été considéré comme un frein à l’intégration et à l’assimilation. Les Polonais restaient entre eux pour célébrer le culte. Le clergé était Polonais, les sermons faits en Polonais, ce qui avait pour effet d’agacer les autorités civiles qui ne pouvaient contrôler ce qui se disait. Le clergé français était favorable au regroupement des communautés polonaises qui étaient ainsi moins soumises à l’influence des syndicats laïques et marxistes.

Critique de Noiriel : Il prend ces différents éléments comme une succession de parties indépendantes, alors qu’ils font partie d’un tout : la culture. Le catholicisme, la famille constituent plus des représentations d’une culture chrétienne que l’on oppose à une culture musulmane. Pour ne pas avoir à prendre en compte le phénomène culturel dans sa globalité avec ce que cela recouvre de mode de vie, Noiriel a découpé certaines tranches de la culture pour pouvoir les soumettre aux présupposés de sa thèse.

Notons d’ailleurs que l’immigration européenne en France est une immigration essentiellement chrétienne, voire catholique et non protestante. L’immigration juive en France n’a pas été sans heurts, notamment dans l’entre-deux-guerres. La question de l’assimilation et de l’intégration des immigrés est avant tout culturelle

En fait le problème de l’immigration est mal posé. C’est celui d’un pays disposant de richesses qui cherche à préserver la qualité de vie de ses habitants en mettant en place des barrières contre la pauvreté. Les pauvres, les immigrés, n’ont de cesse de venir dans les pays riches.

Noiriel pose des questions, certes, mais la question est : est-ce les bonnes questions ? Noiriel est pris dans le système de 1894 où l’on dénie toute valeur à la nation, où pendant longtemps on a dénié toute valeur à la différence ethnique et où seule comptait la différence de classe. Seule la lutte des classes était privilégiée et rien de devait entraver cette vision marxiste de la société.

Or en 1984, l’Union soviétique est engagée depuis quatre ans en Afghanistan dont elle ne peut se dépêtrer ; des mouvements de dissidents font entendre leurs voix (Sakharov, Rostropovitch, etc.). A partir de 1985, Gorbatchev mènera une politique différente qui conduira en cinq ans à l’écroulement du système soviétique et du marxisme-léninisme. Il faut substituer autre chose à la lutte des classes…

 

Conclusion

L’intégration se fait dans le milieu dans lequel on vit. Les difficultés nouvelles proviennent selon Noiriel du fait que la France est en crise ; c’est une crise du modèle national. On a d’autre part transposé en France la situation coloniale avec les nombreux immigrants d’origine maghrébine et africaine. Cela s’est traduit par un problème de racialisation des immigrants. La France a perdu ses colonies en 1960, et depuis l’immigration provient de ses colonies. A la perte de prestige sur le plan international, s’ajoute la venue d’anciens sujets sur le territoire national.

La France est, par son histoire, un pays multiculturel. Mais l’expression des groupes constitués, des provinces, des régions a longtemps eu mauvaise presse car elle était associée à l’Ancien Régime, aux idées traditionnalistes ou à Vichy. A partir de 1968, l’expression des identités régionales et des différences change de camp et le jacobinisme républicain doit désormais négocier le contenu de la citoyenneté en faisant une place aux identités collectives, aux communautés et aux culture régionales et issues de l’immigration.

Les politiques publiques d’intégration

De « l’assimilation » au « vivre ensemble ». Confrontée plus tôt que les autres pays européens aux flux migratoires, c’est-à-dire depuis le milieu du XIXe siècle, la France a dû définir assez vite une politique d’intégration. On a parlé d’abord « d’assimilation », dès la fin du XIXe siècle jusqu’au milieu du XXe : il s’agissait, pour l’immigré, de se fondre dans la population française en abandonnant ses spécificités et sa langue ou en les reléguant à la sphère privée. Le terme d’intégration », plus récent, a été introduit quand la France, en 1974, a décidé de suspendre les flux migratoires de main-d’œuvre salariée et de se pencher sur les conditions de sédentarisation de ceux qui restaient. Emprunté au vocabulaire colonial en Algérie, il a parfois été remplacé par celui « d’insertion », qui limite l’intégration à un bagage minimal nécessaire pour travailler tout en gardant à l’esprit l’idée du retour au pays. On lui préfère souvent aujourd’hui celui de « vivre ensemble », plus adapté à la diversité des manières d’être.

 

Les débats politiques

Les instruments privilégiés de l’intégration en France sont au nombre de deux : une politique de la ville attaché au territoire, fondée sur des critères socio-économiques destinés à restaurer l’égalité des chances dans des quartiers ou des secteurs scolaires caractérisés par un cumul d’inégalités sociales et où la population immigrée est présente ; l’accès à la nationalité, grâce à un code faisant une large place au droit du sol et à la naturalisation. Cependant, le modèle français d’intégration, si toutefois il existe, ne manque pas d’ambiguïtés, notamment par rapport aux thèmes introduits par le débat européen sur le multiculturalisme et sur la lutte contre les discriminations, thèmes sur lesquels la France s’est engagée tardivement, protégée par les principes républicains de citoyenneté égalitaire, détachée d’un fondement culturel ou ethnique.

Une politique indéterminée

La France a toujours accueilli les immigrés un peu malgré elle, en hésitant entre l’ouverture et la fermeture de ses frontières. Les arguments démographiques, économiques, politiques, et militaires se sont entrecroisés. Cette indétermination s’est traduite par des périodes de liberté totale ou tolérée (avant 1914 et durant les années 1960/1970) alternant avec des phases de contrôle accru des frontières (1932, depuis 1974 et depuis 1990). Alternance qui n’a d’ailleurs pas toujours été en phase avec le contexte économique mais plutôt avec les réactions réelles ou supposées de l’opinion publique. La meilleure illustration de ces phénomènes de non décision est la question épineuse des sans-papiers.

L’intégration : une politique des territoires

En France, la politique de la ville comme instrument privilégié de la politique d’intégration est à l’origine d’une gestion territorialisée, mise en place à partir de 1990 sur des critères de zones géographique et socio-économique mêlant exclusion et présence étrangère forte. L’impulsion donnée à la vie associative grâce à la liberté d’association des étrangers accordée en 1981 (entrée dans le droit commun de la loi de 1901) a contribué à doter les quartiers défavorisés d’une animation civique et culturelle financée par le Fonds d’action sociale d’où ont émergé des élites et des médiateurs culturels. La politique de la ville, née des initiatives prises pour développer la prévention dans les quartiers difficiles, s’appuie sur la collaboration avec les associations civiques qui, au tournant des années 1990, se sont recentrées dans le social. Mais les violences urbaines, les discriminations, la ghettoïsation, l’islamisation, le chômage endémique constituent l’envers du décor des territoires d’exclusion.

Aujourd’hui, l’intégration se joue davantage dans le compromis entre famille, racines, environnement, modernité que dans une opposition trop tranchée entre la culture du pays d’origine et celle d’accueil. Tout est dans la négociation des identités, dans une série de concessions quotidiennes qui tissent les fils de l’intégration. Mais il s’agit d’un processus long, qui ne peut être univoque car il nécessite de part et d’autre une volonté commune de vivre ensemble, un contrat social revisité, en quelque sorte.

La conquête de nouveaux droits fait aussi partie de la transformation du monde par la migration (droit de vote, régularisation de sans-papiers, liberté de circulation, accès à la nationalité, droits sociaux, expression du religieux).

 

Bibliographie complémentaire :

  • Lequin Y. : La mosaïque française (Larousse).
  • Milza P. : Thèse sur les Italiens en France
  • Noiriel G. : Histoire de l’immigration in Actes de la Recherche en sciences sociales N°54 – octobre 1984.
  • Noiriel G. : Le creuset français
  • Schor R. : L’opinion française et les étrangers de 1919 à 1939 (Publications de la Sorbonne)
  • Schor R. : Histoire de l’immigration en France (A. Colin – Col U)
  • Temine E : L’immigration espagnole dans le Sud-Est de 1861 à 1936 in Ethnologie française.
  • Catherine de Wihtol de Wenden : L’Europe des migrations, Paris, ADRI / La Documentation française (coll. « Le Point sur »), 2001.
  • Catherine de Wihtol de Wenden : La beurgeoisie. Les trois âges de la vie associative issue de l’immigration, (avec R. Leveau), Paris, CNRS Ed., 2001.
  • Catherine de Wihtol de Wenden : L’immigration en Europe, Paris, La Documentation française (coll. « Vivre en Europe »), 1999.
  • Catherine de Wihtol de Wenden : Les immigrés et la politique. Cent-cinquante ans d’évolution, Paris, Presses de la FNSP, 1988.